Logion 79 : La Parousie ….

Une femme dans la foule lui dit :

Heureux le ventre qui t’a porté

Et les seins qui t’ont nourri !

Il répondit :

Heureux plutôt ceux qui écoutent

La Parole du Père et l’observent en vérité,

Car viendront des jours ou vous direz :

Heureux le ventre qui n’a pas enfanté et les seins qui n’ont pas allaité.

 Autre traduction :

une femme dans la foule lui dit

heureux le ventre qui t’a porté et les seins qui t’ont nourri

il lui dit

heureux sont ceux qui ont entendu la parole du père

et qui l’ont gardée en vérité

car il y aura des jours où vous direz

heureux le ventre qui n’a pas conçu

et les seins qui n’ont pas allaité

Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » Mais il dit « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent! »

Luc 11 : 27-28

L’espoir d’un avènement divin libérateur était solidement ancré dans l’esprit des juifs. L’histoire du peuple «élu par Jahvé » est dramatiquement marquée par de nombreuses dominations étrangères, ce qui rend incompréhensible cette affirmation d’une élection du peuple juif. Un jour viendrait pourtant où l’autorité divine serait rétablie. Mais avant que cela puisse se faire la venue d’un Messie était nécessaire. Ceux, qui jadis furent reconnus comme tel, n’ont jamais pu mener leur tâche à bien. Peut-être cette femme a-t-elle reconnu en Jésus un prophète illuminé ou même le Messie tant attendu… Hélas, il ne peut que la désabuser. Ils ne se trouvent pas sur la même longueur d’onde…

L’avènement libérateur qu’espèrent les juifs n’est qu’un rêve. Comme n’est qu’illusion l’alliance qu’ils croient avoir avec leur Dieu. Il n’est pas évident de remettre en question des convictions aussi profondément enracinées dans les esprits et qui détiennent en plus une réponse à des angoisses existentielles. Ce constat est valable tant pour l’homme moderne, que pour les contemporains de Jésus. La réalité représentée dans l’image d’un royaume est bien réelle, mais elle ne correspond pas à l’attente juive.

L’avènement du royaume n’est pas le happening, tel qu’il fut conçu dans la Bible hébraïque et reconnu par Paul, mais une réalité intérieure, qui ne peut se révéler qu’au terme d’un cheminement intérieur. En cela consiste la parole du Père, que Jésus tente d’exprimer. Seulement voilà : ils ne l’écoutent pas. Il ne peut que constater la confusion et tenter de les préserver d’une attente illusoire et d’alléluias présomptueux…

Logion 78 : Le Royaume est en vous et autour de vous.

Logion 78 : où trouver le Royaume ?

Jésus disait : Pourquoi battez-vous la campagne ? Pour voir un roseau agité par le vent ? Pour voir un homme ayant sur lui des vêtements délicats comme vos rois et vos grands personnages ? Ceux-ci ont sur eux des vêtements délicats. Ils ne pourront connaître la vérité.

Autre traduction :

a dit jésus

pourquoi êtes-vous sortis vers la campagne

pour voir un roseau agité par le vent

et pour voir un homme paré de vêtements délicats

là sont vos rois et vos supérieurs

ceux-ci portent des vêtements délicats

et ils ne pourront pas connaître la vérité

Tandis que ceux-là s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de façon délicate ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. »
Matthieu 11, 7-8

Pourquoi battre la campagne ? Le Royaume est en vous et autour de vous.

La grandeur d’un homme ne se mesure pas aux apparences ni d’ailleurs aux qualités intrinsèques de l’individu mais à notre participation au Royaume de Dieu.

La vérité n’est visible qu’avec notre cœur.

En servant les autres, on se forme à l’amour. L’amour n’est pas un sentiment qui grandit et se forme peu à peu, c’est l’essence de Dieu. Il faut être un avec le Père, comme l’était Jésus et pour y arriver, il faut dépenser notre amour au service des autres.

D’où vient le roseau et d’où le vent qui l’agite ? Ils témoignent d’une vie pure, spontanée et naturelle. La connaissance de la nature et de ses lois est une opportunité pour relativiser tout prétentieux pouvoir humain.

Notre attention se porte hélas bien plus aisément vers un spectacle artificiel présenté par de hauts dignitaires parés de vêtements de parade. Ce n’est pourtant pas auprès de ces gens là, détenteurs de savoir et de pouvoir[1], que nous découvrirons la sagesse véritable… L’enseignement que nous donne la nature est bien plus précieux qu’un cortège de professeurs ou de  prélats…

[1] L’abbé Guy Gilbert est un proche de la famille royale belge. Il a écrit des lignes sur la tristesse, la pauvreté de certains membres de cette famille. …

Logion 77 : fendez le bois là je suis

Logion 77 : néant empli de Dieu

 

Jésus disait :

Je suis la Lumière qui illumine tout homme.

Je suis le Tout.

Le Tout est sorti de moi et le Tout est parvenu à moi.

Fendez du bois, je suis là.

Soulevez une pierre, vous me trouverez là.

Autre traduction :

a dit jésus

je suis la lumière qui est sur eux tous

je suis le tout

le tout est venu de moi

et le tout est venu à moi

fendez le bois là je suis

soulevez la pierre là vous me trouverez

De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit :

« Je suis la lumière du monde.

Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »

Jean 8 : 12

Jésus, si nous suivons sa pensée, transfigure et illumine tout notre être car, il nous donne  les clefs du Royaume. Toute vie devient illuminée car brutalement, l’homme voit et entend alors qu’il était aveugle et sourd à l’appel de Dieu. Toutes les relations changent.

Il nous fait prendre conscience de la solidarité organique de toute la création. Je ne suis pas seul, je ne suis qu’un maillon dans l’univers. Mon existence a un sens dans la mesure où j’adhère aux desseins de Dieu. Je suis le cep de la vigne et tant que je reste uni à Dieu, je fais partie du Royaume.

Jésus est le Tout car il a intégré l’humain et le divin. Il est l’alpha et l’omega. Il nous a révélé la signification du temps qui n’est qu’éternel présent.

Le Tout est sorti de lui et est parvenu à lui. Par lui, l’homme comprend la part de divin qui est en lui.

En quittant ce monde, il nous a promis qu’il resterait présent.

« Fendez du bois, je suis là.

Soulevez une pierre, vous me trouverez là. »

Présence réelle du Dieu et union au Père auprès de chacun d’entre nous. Non, il ne nous abandonne pas.

Mais reste le lancinant problème de Dieu. A qui, à quoi ressembles-Tu ?

La suspicion de panthéisme, dont ce logion fait l’objet, appartient à ceux qui voient avec deux yeux et ne distinguent que des couleurs. Pour la lumière dans les couleurs leurs yeux sont encore trop faibles, leur conscience trop aveugle…

L’expérience d’un état de conscience d’unité, dont témoignent les mystiques à travers les âges et les écoles, ne peut s’exprimer en paroles… La parole appartient au monde d’ici bas et s’exprime donc en termes dualistes. La lumière et sa source sont un… Celui ou celle qui en soi-même reconnaît cette lumière est un avec la lumière et donc « uni » à sa source, qui est aussi le vide mais un vide empli non pas de néant mais de Dieu pour utiliser les expressions de Maître Eckhart. Le vide est «cela» qui pénètre le tout, qui permet l’expression de chaque vibration, de chaque particule élémentaire, de chaque atome.

Pas simple à exprimer !

Logion 76 : Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur

Logion 76 : la perle de ton cœur

Le Royaume du Père est comparable à un marchand qui possédait une cargaison de marchandises.

Il trouva une perle.

Le marchand était un sage : il vendit toute sa cargaison et acheta la perle.

Vous aussi préoccupez-vous du trésor non périssable.

Celui qui demeure, là où la mite n’approche pas, là où le ver ne ronge pas.

Autre traduction :

a dit jésus

le royaume du père est comparable à un marchand

qui possédait un ballot et découvrit une perle

le marchand était un homme sage

il vendit le ballot et acheta pour lui cette perle

vous aussi cherchez le trésor qui ne périt pas

qui demeure dans l’endroit où la mite ne peut le manger

ni le ver ne peut le détruire

 Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines : en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.

Matthieu 13 : 45-46

 

La perle est le symbole de la lumière : lumière au-dedans et au-dehors. Jésus nous demande d’être le sel de la terre et la lumière du monde. Jésus nous invite à redevenir cette lumière en abandonnant tout le superflu.

«  Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur »

Se détacher des illusions de ce monde, de tout ce qui est éphémère, de tout ce que tu ne peux emporter avec toi dans l’au-delà, voilà le message de Jésus.

Le grand paradoxe de la vie : plus, on possède des biens matériels, plus on a le sentiment d’être vide car le vide intérieur ne peut être comblé par des richesses extérieures.

L’homme très riche est désespéré car il a tout vu, tout vécu, tout eu. Il s’ennuie.

« Achète cela et tu seras content ! » Une fois l’objet convoité acheté, votre mental vous invite à acheter  autre chose. C’est une course sans fin et sans but réel. Vous errez dans le monde à la recherche de l’illusoire et plus vous errez, plus vous avez peur car inévitablement, vous voyez approcher l’heure de votre mort. C’est l’heure du bilan, des désillusions !

L’homme riche de biens est pauvre, trop pauvre pour accéder au Royaume. Il a trop mis l’accent sur l’accumulation de biens. Il ne peut faire illusion devant Dieu car il n’est pas arrivé à sa propre réalisation. Il a beaucoup possédé mais il ne s’est jamais possédé lui-même. Il a vécu pour lui, alors qu’il n’est rien. Il a existé au regard des autres. Les yeux des autres ont reflété sa richesse : ses habits, ses biens, sa position sociale. Jamais, il ne s’est soucié de son identité de fils de Dieu. Toute son existence a été basée sur le social.

Il a possédé, comme le marchand des marchandises, mais il a été incapable de les vendre pour acquérir la perle et lorsque le naufrage de sa vie survient, il ne peut rien emporter avec lui.

Le marchand habile a tout vendu. Il possède une perle de grande valeur et lorsque le naufrage survient, il possède cette perle attachée à son cou. Arrivé sur l’autre rive, il reste riche.

Il était sage car la stupidité, c’est : vendre l’unique pour acheter les illusions.

Une fois de plus est mis en exergue l’importance de l’intelligence, de la faculté de discernement qui nous est confiée. C’est un trait caractéristique qui distingue cet évangile des évangiles canoniques, où l’amour du prochain et le don de soi sont bien davantage à l’honneur. L’intelligence, au service d’une réflexion religieuse libre et personnelle – comme, entre autres, Teilhard de Chardin en fit l’expérience ou Maurice Zundel- ,ne fut hélas jamais appréciée par les pseudo autorités ecclésiastiques…

Il nous fera toujours rire ….

Benoît XVI, le leader incontesté des prêtres et évêques de la secte impliquée dans les scandales pédophiles au travers du monde,  a insisté dimanche, dans son discours de Nouvel An, sur la nécessité d’inculquer des valeurs morales aux enfants et aux jeunes, pour qu’ils puissent « construire la paix ».

Il a déploré que les enfants soient maintenant élevés dans « une réalité sociale qui peut les conduire à devenir intolérants et violents », et appelé à leur transmettre au contraire « un profond sens de la justice et du respect pour son prochain ». Il a appelé les leaders religieux et les éducateurs à travers le monde à combattre « la culture du relativisme », et à inculquer aux jeunes les valeurs de paix et de justice.

Bigre …. il manque pas d’air …. le vieux !

« La culture du relativisme pose une question radicale : est-il encore nécessaire d’éduquer ? Et d’éduquer pour quoi ? », a déclaré le souverain pontife.

« Face aux ombres qui obscurcissent l’horizon du monde aujourd’hui, prendre la responsabilité d’éduquer les jeunes pour leur apprendre la vérité, les valeurs et vertus fondamentales, c’est regarder vers l’avenir avec espoir », a-t-il ajouté.

Le chef des prêtres qui refusent le mariage, qui refusent d’avoir des enfants mais qui ne se gênent pas dans tous les scandales  pédophiles, tient un discours assez discordant par rapport à leur pratique !

“Le sens de la justice et du respect pour son prochain … “. Les victimes et parents des victimes des prêtres et religieux doivent se sentir mal devant un tel discours ! 

Que voulez-vous … ils sont comme cela … ces braves gens !

Nouvelles de l’Eglise orthodoxe grecque ….

Les Grecs ont reçu une surprise de fin d’année de taille. Le plus grand scandale politico-financier de l’après-guerre porte le nom d’un des plus célèbres monastères du pays, Vatopaidi. Et l’ex-supérieur de celui-ci est désormais en détention préventive.

Ephraim, qui était à la tête du monastère le plus riche du mont Athos, cette république semi-autonome au nord de la Grèce interdite aux femmes, a donc passé, sous haute escorte, le seuil de la prison de Korydallos dans la banlieue d’Athènes. Inculpé de blanchiment d’argent et d’escroquerie, Ephraim, 56 ans, devra attendre son procès entre les quatre murs d’une cellule de l’aile numéro 6 de la maison d’arrêt ; celle qui est réservée aux criminels financiers.

Du jamais vu dans un pays ou un scandale chasse l’autre sans que jamais qui que ce soit aille en prison ou ne soit même inquiété. Du jamais vu aussi dans un pays ou l’Eglise, toujours pas séparée de l’Etat, bénéficie à plus d’un titre de la clémence, voire de la totale impunité des tribunaux.

L’affaire a tellement surpris que, sur les sites et blogs contestataires, tout le monde s’est posé la question : pourquoi donc Ephraim est-il en préventive pour la Noël ? Et la réponse de fuser de toutes parts “pour mieux le relâcher au Nouvel An”.

C’est qu’il a fallu 39 mois d’enquête pour arriver à ce résultat. Et encore, les ministres et députés impliqués dans l’affaire en sont quittes pour pas cher. Le Premier ministre de l’époque, Kostas Karamanlis, ayant dissous l’assemblée pour précipiter la prescription.

Tous dans le même panier …faites votre choix …. pédophilie ….escroquerie … faites votre choix dans le panier de crabes … ils sont beaux …ils sont frais ….et tous au même prix … celui que l’on donna à Judas ….

 

Bonne sain(t)e et heureuse année 2012 …. enfin pour ceux qui ne veulent rien comprendre ….

Publié dans : on 31 décembre 2011 at 2:00    Laisser un commentaire  
Tags: , ,

Faites ce que je dis ….

L’anti-Christ, chef de la Babylone moderne , a encore causé bêtement !

Le pape, qui fustige régulièrement l’excès de orgueil intellectuel a invité les hommes à une attitude d’humilité face au mystère de Noël : “si nous voulons trouver le Dieu apparu comme un enfant, alors nous devons descendre du cheval de notre raison +libérale+ (…), déposer nos fausses certitudes, notre orgueil intellectuel”, a-t-il préconisé.

“Nous devons nous baisser pour rencontrer le Dieu différent de nos préjugés et de nos opinions”, a-t-il estimé, rappelant que, selon la tradition, Jésus nouveau-né était couché dans une mangeoire.

Lorsqu’on voit le faste de l’État croupion mis en place par les fascistes, l’or …. les pompes imbéciles, le protocole désuet …. on se dit …décidément, il est complètement débile d’oser encore évoquer le sujet de ses fausses certitudes en ses dogmes du moyen-âge et de parler d’orgueil intellectuel, lui qui nie tous les acquits de la science … !

Passons sur la débilité de l’individu qui présente “Jésus nouveau-né était couché dans une mangeoire”, alors qu’il s’agit simplement d’une légende ! Pauvre vieux ….

Ouf la fête païenne du 25 décembre est terminée ….. ils peuvent retourner à leurs affaires … sordides …

Publié dans : on 25 décembre 2011 at 10:51  Laisser un commentaire  
Tags: ,

Noël, fête païenne … ni plus ni moins !

Fêter Noël

Le 25 décembre, la chrétienté célèbre une naissance, celle d’un enfant que l’on dit appelé à fonder une religion nouvelle : Jésus de Nazareth, qui l’on présentera tardivement comme le Messie et le Sau­veur de tous les hommes. Cette célébration fut pourtant tardive. A certains égards, elle est même surprenante. La date de naissance de Jésus est en effet parfaitement inconnue. On ne célébrait pas les anniversaires dans le Proche-Orient ancien et, généralement, les parents ne se souvenaient pas de la date de naissance exacte de leurs enfants. D’ailleurs, dans le christianisme primi­tif, il n’est pas question de fêter la naissance de celui que l’on dit Christ : vers 245, Origène affirme même qu’il est “inconvenant” de s’occuper d’une telle question, comme si Jésus était un roi ou un quelconque pharaon !
Les Écritures ne nous sont d’aucun secours. Le plus ancien évangile canonique, celui de Marc, ignore tout de l’enfance de Jésus. Matthieu situe la naissance de Jésus à Bethléem de Juda, à cause d’une prophétie de Michée. Cela en dit long sur le personnage ! Jean la place vaguement en Galilée, en citant, lui aussi, la prophétie selon laquelle le Messie devait voir le jour à Bethléem. Sur la période de l’année durant laquelle eut lieu l’événement, les évangélistes restent muets. Tout au plus le prologue de l’évangile selon saint Luc (2, 6), avec ses bergers veillant, la nuit en plein air, sur leurs troupeaux, semble-t-il suggérer une date printanière.

On est loin des délires d’une Eglise qui fonde son fonds de commerce sur du vent !

C’est en fait seulement à partir du IIe siècle de notre ère que l’Église se mit en devoir de situer dans l’année la date de naissance de Jésus. On assista alors à des débats contradictoires. Clément d’Alexandrie proposa le 18 novembre. D’autres auteurs avancèrent la date du 2 avril, du 20 avril, du 20 ou du 21 mai. Les chrono­logistes égyptiens en tenaient pour le 28 mars. En 243, le De Pascha Computus prit position pour le 28 mars !

Dans la première moitié de ce IIe siècle, les Basili­diens d’Égypte (secte semi-chrétienne de gnostiques opérant en Égypte), suivis par les chrétiens de Syrie, puis par l’ensemble des communautés d’Orient, se pro­noncèrent pour le 6 janvier. Cette décision fut prise sous l’influence d’une très ancienne tradition. Dans le culte de Dionysos (identifié chez les Grecs à Osiris), le 6 janvier était en effet consacré à la bénédiction des rivières. L’épiphanie (du grec epiphaneia, “apparition, manifestation”) de Dionysos aurait eu lieu dans l’île d’Andros, où un “vin miraculeux” attestait sa présen­ce invisible, dans la nuit du 5 au 6 janvier. Celle d’Osi­ris, fêtée à la même date, était précédée d’une période de deuil préparatoire : on pleurait Osiris mourant, puis l’heureux événement se produisait, et les eaux du Nil étaient censées se changer en vin. Le même jour, à Teos et à Andros, la source sacrée de Dionysos faisait aussi couler du vin. Le même jour également, la déesse Isis donnait naissance à Harpocrate, le soleil renaissant. Des cérémonies avaient lieu à Alexandrie, dans le Korèion, où l’on commémorait l’enfantement par une Vierge de son fils Aïon, l’Éternel, homologue de Dionysos et d’Osiris.

On s’écriait alors : “La Vierge a enfanté, maintenant va croître la lumière!”.

Cette fête, d’origine très probablement astrologique (dans la haute Antiquité, le 6 janvier voyait la sortie du Soleil dans la constellation de la Vierge), avait un caractère civique très marqué.

C’est donc apparemment sous la triple influence du culte de Dionysos, d’Osiris et de l’Aïon, que la naissance de Jésus, alors identique à l’Épiphanie, fut d’abord fixée au 6 janvier.

C’est aussi pour cette raison que furent situés à la même date deux autres événements miraculeux : le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain et l’épisode des “noces de Cana”, avec la transmutation de l’eau en vin.

Manifestement, Jésus est une légende !

Aux IIIe et IVe siècles, tout l’Orient chrétien célèbre la naissance de Jésus le 6 janvier. En 386, il est décidé officiellement que les deux grandes fêtes chrétiennes sont Pâques et l’Épiphanie. Mais à cette époque, en Occident, une autre tradition s’est fait jour. La nais­sance du pseudo Dieu incarné a été fixée au 25 décembre.

Cette initiative s’explique par des motifs très semblables à ceux qui avaient conduit les chrétiens d’Orient à choisir la date du 6 janvier. Cette fois, ce ne sont pas Osiris et Dionysos qui sont en cause, mais les antiques traditions européennes du solstice d’hiver, ainsi que certaines festivités plus spécifiquement romaines, telles les antiques Saturnales ou le jeune culte du dieu Mithra.

Depuis des temps immémoriaux, le solstice d’hiver, qui marque la période la plus “sombre” de l’année, celle où les jours sont les plus courts et les nuits les plus longues, a constitué l’une des fêtes les plus importantes des peuples d’origine indo-européenne. Au cours de cette période, nos ancêtres faisaient acte de foi et profession d’espérance, en célébrant le prochain retour de la lumière et la renaissance de la vie qui ne meurt jamais. Bien entendu, leur ferveur était particulièrement grande dans les régions septentrionales, là où la période sombre s’accompagne du froid le plus vif. “Le solstice d’hiver, écrit Arthur Weigall, début de l’accroissement de la puissance solaire, était un événement plus important et plus joyeux dans les pays du Nord qu’au Midi. C’est pourquoi le 25 décembre fut toujours célébré parmi les peuples germaniques et anglo-saxons avec beaucoup plus d’enthousiasme qu’en Orient, où le déclin de la chaleur causait plus de plai­sir que son augmentation” (Survivances païennes dans le monde chrétien, Payot, 1934).

À Rome, les Saturnales (Saturnalia) étaient célébrées le 17 décembre, mais duraient pendant une semaine et s’achevaient donc à la veille du 25 décembre. Des processions d’hommes et de femmes, portant des guir­landes et coiffés de feuillages, défilaient dans les rues à la lueur des chandelles et s’offraient mutuellement des cadeaux. Durant cette période, comme pendant les calendes de janvier qui lui faisaient suite, toute dis­tinction de classe ou de rang était abolie (comme ce sera le cas, au Moyen Age, lors du carnaval du Mardi Gras et de la fête des Fous). A l’occasion de ces festi­vités, on célébrait le dieu Saturne, très tôt confondu avec le Grec Kronos (le Temps), époux d’Ops-Rhéa. Toutefois, c’est le dieu Janus, patron des prima, c’est-à-dire des commencements — il a d’ailleurs donné son nom au mois de janvier —, qui passait pour avoir ins­titué cette fête (cf. Macrobe 1, 7, 24). Les Saturnales furent réformées en 217 avant notre ère, dans le cadre de la grave crise religieuse provoquée par la deuxième guerre punique.

Par la suite, sous l’empire romain, deux autres grandes fêtes eurent lieu aussi le 25 décembre. A cette date, les partisans du mithriacisme, dont on sait qu’il fit une rude concurrence au christianisme naissant, célébraient tous les ans la (re)naissance du dieu Mithra ; et, à cette occasion, on égorgeait un taureau. D’autre part, on célébrait également le 25 décembre la fête de Sol Invictus, c’est-à-dire du “Soleil Invaincu”. Ce jour-là, dit Macrobe, on tirait d’un sanctuaire une divinité solaire, figurée comme un enfant nouveau-né. Les enseignes de l’empereur Julien portaient la dédicace Soli Invicto.

L’Église des premiers siècles, en choisissant le 25 décembre comme date supposée de la naissance de leur super Jésus, opéra un subtil syncrétisme. Leur Christ, du même coup, fut assimilé au “Soleil Invaincu”. On rappela opportunément que la Bible appelle le Messie juif “le Soleil de Justice” (Malachie 4. 2). Méliton de Sardes compa­re Jésus à Hélios : “Lorsque le Soleil avec les étoiles et la Lune se baignent dans l’Océan, pourquoi le Christ ne pourrait-il pas être baptisé dans le Jourdain ?” “Sol Invictus : Soleil invaincu ! écrit Raymond Abellio. C’était le nom de la fête qu’on célébrait à Rome le 25 décembre, porte solsticiale des incarnations divines, au moment de la plus longue nuit. A la place de ce soleil enfoui, nous mettons l’étoile de Noël. Le sens reste le même” (Ma Dernière Mémoire III, Ramsay, 1980).

La première mention latine du 25 décembre comme fête de la Nativité remonte à l’an 354. Mais à cette date, aucune cérémonie particulière ne s’y rattache encore. La célébration de Noël commence en fait sous Honorius, qui régna en Occident de 395 à 423. C’est alors que la fête commence à être mise sur pied d’égalité avec Pâques et l’Épiphanie, cette dernière solennité rappe­lant désormais uniquement l’épisode des “Rois mages” (de pair avec les “noces de Cana” et le baptême dans le Jourdain). En 440, l’Église décide officiellement de célébrer la naissance de leur Christ le 25 décembre. En 506, au concile d’Agde, Noël devient une fête d’obliga­tion. En 529, Justinien en fait un jour férié. A peu près au même moment, en 525, Dionysius le Petit fixe de façon assez arbitraire l’année de la naissance de Jésus à l’ “an 1″, qu’il assimile à l’an 754 de la fondation de Rome. De façon assez significative, le transfert de la Nativité du 6 janvier au 25 décembre coïncide avec l’implantation massive du christianisme en Europe et avec l’abandon progressif des rites orientaux. Aux IVe et Ve siècles, il en résulta un conflit assez violent. Les communautés chrétiennes d’Arménie et de Syrie, notamment, furent horrifiées du choix du 25 décembre, qu’elles qualifiaient de “journée de fête païenne”. Accu­sant l’Église d’Occident d’ “idolâtrie”, elles décidèrent de rester fidèles au 6 janvier. Par la suite, l’Épiphanie conservera en Orient une importance toujours plus grande qu’en Europe occidentale. Aujourd’hui encore, l’Eglise arménienne, soumise au rite jérusalémite, rejette la date du 25 décembre. Et les coptes chrétiens célè­brent toujours, à la date du 6 janvier, l’Aïd-el-Ghitas ou “fête de l’Immersion”.

Ultérieurement, on assistera en Occident à un nouveau “dédoublement” des rites du 6 janvier. Perdant de plus en plus d’importance, l’Épiphanie ne sera plus que la “fête des Rois mages”, la commémoration du baptême dans le Jourdain étant désormais fixée au 13 janvier. Enfin, en 1972, l’Église romaine, rompant entièrement avec la tradition, aban­donnera la date fixe du 6 janvier et fera de l’Épiphanie une simple fête mobile. Parallèlement, la fusion des coutumes de Noël et des antiques traditions du solsti­ce d’hiver devint au fil des siècles de plus en plus étroi­te. La date du 25 décembre, souligne Arthur Weigall, “était de tous temps l’anniversaire du Soleil, qu’on célé­brait dans beaucoup de pays par de grandes réjouis­sances. Ce choix semble avoir été imposé aux chrétiens par l’impossibilité dans laquelle ils se trouvaient, soit de supprimer une coutume aussi ancienne, soit d’em­pêcher le peuple d’identifier la naissance de Jésus à celle du Soleil. Il fallut donc recourir à l’artifice fré­quemment employé et ouvertement admis par l’Égli­se, et donner une signification chrétienne à ce rite païen irrépressible”.

S’adressant à ses contemporains, saint Augustin (Ser­mons CXC, 1) les supplie de ne point révérer le 25 décembre comme un jour uniquement consacré au Soleil, mais aussi en l’honneur de Jésus. Au début du VIIIe siècle, Bède le Vénérable rapporte qu’en 601, le pape Grégoire Ier enjoignit aux missionnaires anglais, notamment Meliutus et Augustin de Cantorbury, de s’employer à détourner de leur sens originel les tradi­tions païennes les plus enracinées, et donc les plus inébranlables, plutôt que de les combattre ouvertement.

L’origine “païenne” de la fête de Noël semble aujour­d’hui communément admise. “Noël, remarque Marc de Smedt, n’est qu’une adaptation à la nouvelle reli­gion (chrétienne) des fêtes que les Anciens et les Barbares célébraient lors du solstice d’hiver — et il en est de même pour toutes les fêtes chrétiennes, bien que l’Église l’ait très longtemps nié” (Le Nouvel Observa­teur, 23 décembre 1974). Dans Le Figaro, l’abbé René Laurentin précise que “le symbole cosmique du sol­stice d’hiver popularise et vulgarise à la fois la fête de Noël pour nous” (26-27 novembre 1977). Dans le jour­nal La Croix, Jules Gritti écrit : “A bien y réfléchir, deux années liturgiques se superposent. L’une, la chrétienne, célèbre l’histoire sainte, l’histoire qui va de l’avant depuis l’aube de la création jusqu’au salut plénier de l’humanité en passant par la Pâque victorieuse. Mais à l’arrière-plan se tient une seconde année, païenne (au sens religieux du terme) : la religion des quatre sai­sons. Ici ce n’est pas le pèlerinage vers l’avant qui comp­te, mais l’éternel retour des cycles saisonniers. La religion jalonne alors ce retour cyclique, elle le célèbre” (1er-2 janvier 1981). Et Jules Gritti ajoute: “Ici, l’Égli­se a très tôt pris les devants, en baptisant par Noël la fête païenne de la renaissance du Soleil invaincu” (ibid.).

C’est ce caractère “païen” de la fête de Noël qui lui a parfois valu d’être mise en cause par des extrémistes de la foi. Ainsi, sous Cromwell, les célébrations de Noël furent supprimées en Angleterre, sous la pression des milieux puritains. Elles ne furent rétablies qu’en 1660, après la restauration de Charles II. En Écosse, Noël, considéré comme “fête païenne”, fut également interdit en 1583. Aujourd’hui encore, certaines sectes chré­tiennes, tels les Témoins de Jéhovah, se refusent à célébrer Noël.

Sur le plan du vocabulaire, on trouve, pour dénom­mer Noël, plusieurs désignations. Le français “Noël”, de même que l’italien Natale ou le provençal Nadal, provient du latin natalis, par altération de l’a en o (cf. “orteil”, dérivé d’articulus), chute du t (cf. “abbaye”, dérivé d’abbatia) et transformation de -alis en -el (cf. “annuel”, dérivé d’annualis).

Dans les parlers régionaux français, les variations de “Noël” sont nombreuses. On peut citer notamment Nadal (Bas-Languedoc, Provence), Nodal (Aveyron), Nau (Poitiers, Gironde), Noé. Noal, Noué, Noeu (Flandre française), Nâwé, Nôwé, Naoué (Vosges, Lorraine), Nouvé, Nâ (Franche-Comté), No-èi, Nouéa (Bourgogne), No-yé, Noillé (Beaujolais), Nouel (Normandie), Nwa, Nwel (Maine), Noâ, Noué (Bretagne), etc.

On trouve aussi d’autres expressions. Le transfert de la date de la fête du 6 janvier au 25 décembre explique l’existence d’une autre série, à laquelle appar­tiennent Caleno et Calendo (Provence), Chalandes (Dau­phiné), Chalendes (Lyonnais) et Chalènos (Nice), termes conservant le souvenir des anciennes calendes de jan­vier (cf. l’italien Calendimaggio, “premier jour de mai”). On connaît le célèbre poème épique de Mistral, Calen­dal, dont le héros réalise maints exploits pour conqué­rir l’amour d’une princesse, dernière descendante des seigneurs des Baux.

Le mot “Noël” est aussi utilisé pour désigner les chants propres à cette période, en particulier ceux du Moyen Age : un “noël” (sans majuscule). Le mot a éga­lement été employé comme interjection (”Noël!”), en signe de réjouissance ou lors de certaines fêtes offi­cielles.

En Angleterre, saint Augustin passe pour s’être éta­bli en 596 dans le Kent, accompagné de quarante moines, afin d’évangéliser les Angles et les Saxons. Il aurait alors mis l’accent sur la célébration de la fête de Noël, qui donnait surtout lieu à des messes. C’est de ces “messes du Christ”, Christes masse, que provient Christmas, le nom anglais de la fête de Noël (cf. aussi le néerlandais Kerstfeest, l’afrikaans Kerfees, l’ukrainien Kristovym). On trouve aussi l’abrégé Xmas, où le “X”, correspondant au chi grec, représente un diminutif de Christos.

En Allemagne où, comme en Scandinavie, la fête de Noël proprement dite n’a pas lieu uniquement le 25 décembre, mais dure deux jours (le 25 et le 26, les cadeaux étant donnés dans l’après-midi du 24), le terme le plus courant est Weihnacht ou Weihnachten. Cette dernière forme, la plus ancienne, est de façon significative un pluriel. La première mention que l’on en possède, winahten, remonte à 1170. Le sens d’ori­gine semble être “nuits saintes, nuits consacrées” (Nacht, “nuit”, Weihe, “consécration”, weihen, “sanc­tifier”). En Basse-Bretagne, on trouve d’ailleurs la même expression pour désigner Noël: ann noz santel, “les nuits saintes”. Une autre interprétation a pourtant été avancée à propos de Weihnachten. Selon quelques auteurs, ce mot ne serait pas à mettre en rapport avec Weih-, qui exprime une idée de sacré, mais avec Weib-, qui évoque la féminité ou la maternité (cf. Weib, “épou­se”, weiblich, “féminin”). Un tel rapprochement peut surprendre. Cependant, on trouve dans certaines régions d’Allemagne le mot Mütternacht, “nuit des mères”, comme synonyme de Weihnacht. On sait par ailleurs qu’au cours de la nuit du solstice d’hiver, en Gaule et en Germanie méridionale, on célébrait un culte des Matres et qu’au cours du repas, “la place était marquée pour les Mères et pour les morts” (Jean-Jacques Hatt, Revue archéologique de l’Est et du Centre-Est, XXI, 1-2). Décrivant les fêtes de solstice du paganisme, Bède le Vénérable (672-735) observe de son côté : “Les anciens peuples de l’Angleterre faisaient commencer l’année le 25 décembre, le jour où nous célébrons la naissance du Seigneur; et cette même nuit qui est pour nous si sacrée, ils l’appelaient modra­necht (môdra niht), c’est-à-dire la nuit des mères”.

Dans les pays septentrionaux, nous trouvons enfin une dernière dénomination pour Noël: Jul. Dans les langues scandinaves modernes, Noël se dit en effet Jul. En anglais, parallèlement à Christmas, on trouve Yule, “Noël”, et Yuletide, “période de Noël”. En néerlandais, on rencontre occasionnellement Joel, “Noël”, et Joel­feest, “fête de Noël”. Le mot Jul entre aussi en com­position dans de nombreux mots, désignant la “paille de Jul” (Yule straw), les “cadeaux de Jul” (Julklappar), le “pain de Jul “, la “table de Jul “, etc. Par “contagion”, le mot Jul a aussi été adopté dans les langues finno-ougriennes : “Joyeux Noël” se dit Iloista Joulua en fin­nois, Roosmaid Joulu Puhi en estonien (en norvégien : Gledelig Jul; en danois : Glaedelig Jul; en suédois : Goa Jul). Plusieurs hypothèses ont été émises quant au sens étymologique de Jul. Selon l’hypothèse la plus commune, le sens d’origine serait “roue” (du temps, de l’année? cf. l’anglais wheel, “roue”), mais aussi “kermesse, fête”. Jul pourrait aussi provenir d’un ancien jeochol (germanique *jehwla), “(époque des) tempêtes de neige “. Certains auteurs évoquent encore le nom d’un ancien breuvage de fête, öl, qui désigne aujourd’hui la “bière” en suédois (cf. l’anglo-saxon eale, l’anglais ale), ou bien se réfèrent à Jolnir, surnom du dieu Wotan, et à Ulr-Oelr, divinité de l’hiver. D’autres, à tort certainement, rattachent Jul au latin julivus (ou joculus), “joyeux, enjoué, qui a du plaisir”, qui a abouti à l’an­cien français “jolif” (féminin “jolive “), au français actuel “joli “, à l’italien giolito, “état de liesse”, ainsi qu’à l’an­glais jolly, “joli, gai, joyeux”.

Les Anglo-Saxons appelaient autrefois Giulu les mois de décembre et de janvier (du germanique *giuli). En gotique, “novembre” se disait fruma jiuleis, c’est-à-dire “le premier mois de Jul”. Quant au mois de décembre, douzième et dernier de l’année, son nom signifie “le dixième” (latin decem) parce qu’à Rome, l’année com­mençait le 1er mars. En territoire germanique, où “décembre” se dit Dezember, ce mois a aussi reçu les noms de Julmond ou Julmonat, “mois de Jul” (cf. le finlandais Joulukuu, “décembre”), Christmonat, “mois du Christ”, et, chez les anciens Saxons, winter-monath, “mois de l’hiver”, ou heligh-monath, “mois sacré”.

L’origine de la fête de Noël suffit à en déterminer le caractère. Pour les chrétiens, Noël est avant tout la solennité de la naissance de celui quu’ils disent être leur Christ. Mais au fil des siècles, cette signification en a rejoint d’autres, héri­tées de la plus haute Antiquité, et c’est sans doute ce qui explique que cette fête soit aussi bien célébrée aujour­d’hui chez les croyants que chez les non-chrétiens.

Avant tout, Noël est une fête du foyer. Ne dit-on pas, en Italie, Natale con i tuoi, e Pasque con chi vuoi, “Noël avec les tiens, et Pâques avec qui tu veux” ? L’influen­ce du caractère propre à cette période de l’année est évidente : quand il fait froid, les hommes se rassem­blent et se resserrent autour du feu. C’est au moment où l’année touche à sa fin que les familles, les lignées et les clans font retour sur eux-mêmes. C’est par analogie avec la vie universelle, qui semble avoir disparu, que toutes choses s’arrêtent comme pour se recueillir. La nature, à Noël, reprend son souffle. Tous les processus naturels de vie fonctionnent au ralenti. Pour “aider” le Soleil à revenir, à triompher de l’hiver, les hommes allu­ment des feux et décorent leurs foyers d’arbres et de feuillages toujours verts, à l’image de ce qui ne meurt jamais. (Le vert est la “couleur de l’espérance”).

Naissance du Christ, (re)naissance du Soleil: Noël est aussi la fête de ce qui ne meurt jamais, de ce qui revient toujours. Et en ce sens, elle est à l’image même de l’éternité.

À Rome, la figure bifrons du dieu Janus ouvrait et fermait chaque année. Ainsi s’affirmait l’idée d’une équivalence essentielle entre ce qui s’achève et ce qui se prépare et s’affirme, entre l’année (ou la génération) passée et l’année (ou la génération) à venir. Certitude de l’éternel retour : ce qui a été sera, ce qui fut revien­dra. Le passé est la mémoire de l’avenir.

À Noël plus qu’en toute autre occasion, les hommes se souviennent de leur passé, de leur enfance, de leurs ancêtres. La nuit, en germe, contient le jour. A l’hiver succédera le printemps. Sous le gel, la vie s’apprête à renaître, les plantes à pousser, les ruisseaux à couler. Une renaissance est à l’oeuvre en secret. Du plus profond de la nuit, une lumière sans fin s’apprête à jaillir. L’obscurité est aussi une promesse. Promesse de conti­nuité, de régularité. Alternance et équivalence des contraires. Mais aussi promesse de renouveau : ce sera toujours le même soleil, et ce ne sera jamais le même. Le jour reviendra toujours, mais ce ne sera jamais le même jour.

C’est tout cela qui se lit, au matin de Noël, dans les yeux des enfants.

Ceci dit, Saint Nicolas, Père Noël …. Noël …. voilà de belles occasions de raconter de belles histoires aux enfants si friands de merveilleux !

Logion 75 : Les temps ne sont pas proches … pas du tout …..

Logion 75 : les temps messianiques

Jésus disait : Beaucoup se tiennent devant la porte mais ce sont des solitaires et les simplifiés qui entreront dans la chambre nuptiale.

Autre traduction :

a dit jésus

nombreux sont ceux qui se tiennent près de la porte

mais ce sont les monachos

qui entreront dans l’endroit du mariage

Jésus leur dit : « les compagnons de l’époux peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. »

Marc 2,19

Au logion 74 Jésus utilise l’image d’un point d’eau, d’un puits, qui dans les régions arides, est source de vie. Ici, il nous propose l’endroit du mariage, le lieu où est fêtée l’unité de l’homme et de la femme, une unité qui est source de vie nouvelle. Le

symbolisme d’une source a déjà été utilisé à maintes reprises. (voir le logion 29) L’image du mariage rappelle celle de l’unité de la semence et de la bonne terre. Tant pour le puits que pour le mariage, l’invitation est d’entrer à l’intérieur de la pensée de Christ  pour faire Un avec lui et son Père.

Au départ de toute vie biologique humaine se trouve l’union d’un spermatozoïde et d’un ovule : l’unité du masculin et du féminin. La transposition de l’image biologique vers une réalité spirituelle est une démarche qui, dans les évangiles canoniques, est restée absente…

Culturellement il était alors en effet plus que délicat d’accorder à la femme une valeur égale à celle de l’homme. (voir le logion 114 !) Dans son élévation de Jésus en tant que fils de Dieu, le psychisme paulinien ne pouvait concevoir l’image d’un Christ de chair et de sang, qui en plus se serait «souillé» par un acte sexuel… Dans les évangiles, Jésus  figure donc comme un époux sans épouse…! En s’accordant à elle-même le statut d’épouse du Christ, l’Église occulte de manière plus que douteuse sa propre incompréhension mais se pare d’une aura…mise à mal au travers de ses turpitudes.

Se tenir autour du puits ou près de la porte du mariage n’est pas la bonne démarche. Que peut faire la différence entre une présence à l’extérieur et celle à l’intérieur ? Au logion 75 la réponse est limpide : le monachos. Ceux ou celles, qui flânent autour du puits, qui, poussés par quelque curiosité, se tiennent près de la porte du mariage, préfèrent pourtant la terre ferme qui porte leurs pas ou la douce insouciance à l’abri de murs sécurisants de leur foi… Une simple curiosité ne suffit pas pour s’engager vraiment dans une voie de recherche spirituelle !

Le monachos s’est libéré dans son esprit, a relativisé la valeur du «moi» tributaire de normes relatives et précaires, et a reconnu sa valeur véritable dans le lien l’unissant à Dieu. Cette union lui a révélé sa finalité de serviteur dans l’autorité du Père. Dans la prise de conscience d’un lien intérieur et donc vertical – à l’image du puits - il s’est débarrassé de liens horizontaux. Détaché, libéré, le monachos est devenu un dans la source et participe dansla fête du mariage.

Le monachos n’est pourtant reconnaissable à aucun signe extérieur. C’est l’état d’esprit intérieur qui importe. Son engagement dans la société est marqué par une intégration de la lumière intérieure dans sa conscience. La tâche du monachos n’est ni de fuir la disharmonie, ni de la combattre, mais de faire rayonner cette lumière intérieure.

Toute forme de spiritualité suppose un cheminement intérieur. Ce cheminement fait nécessairement partie d’un équilibre mental naturel, qui détermine l’évolution de l’homme. Mais cette voie est méconnue par les autorités religieuses et même déconseillée. Notre parcours est délimité par des commandements et des interdits, accompagnés de la menace d’une éternelle torture infernale via l’enfer ou le purgatoire… C’est la manière que choisit l’Église pour nous faire connaître l’enseignement de Jésus… mais ne s’agit-il pas de la doctrine de Paul ?

Aujourd’hui, et depuis quelques décennies, nous constatons dans le monde occidental un faible renouveau spirituel inspiré par les acquits nouveaux de la recherche biblique. Le message de cet évangile est de toute évidence trop radical pour être entendu. Aujourd’hui son invitation est plus que jamais actuelle. Reste à voir ce que vingt siècles d’histoire ont pu apprendre à la conscience humaine… L’homme est-il prêt aujourd’hui à une véritable et nécessaire introspection… ? Son éveil est-il tel qu’il puisse vivre sa liberté, sa responsabilité, son intelligence et son amour dans une communion spirituelle avec la sourcede toutes ses facultés… ?

Le salut, l’entrée dans la chambre nuptiale, est une affaire toute simple où Dieu se charge de tout. Pour être un véritable serviteur de Jésus, je dois accepter d’être façonné au gré de Dieu : toutes nos ambitions sont broyées, tous nos désirs annihilés, tout s’efface devant la volonté divine : je deviens solitaire et unifié mais toujours solidaire de mes frères, le vrai visage du Christ. A ce moment, nous devenons ami de Jésus !

Logion 74 : Faites ce que je dis

Logion 74 : vivre sa foi[1] !

 

Le Maître disait : Beaucoup se tiennent autour du puits, mais il n’y a personne pour y descendre.

Autre traduction :

il a dit

maître nombreux sont ceux autour du puits

mais personne dans le puits

Pas d’équivalent dans les évangiles.

Beaucoup de monde autour du puits pour parler de l’eau vive, de la source de la vie, beaucoup de paroles et tellement peu d’action.

Il nous arrive d’être prêt pour une réunion de prières, pour aller pavaner aux offices  mais très peu disposé à laver les pieds de notre frère et encore moins à faire la paix avec lui.


[1] à mettre en parallèle avec le logion 75

Publié dans : on 1 décembre 2011 at 1:50    Laisser un commentaire  
Tags:
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.